Alors que la 30e Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques s'achève à Belém, au Brésil, la communauté océanique a des raisons d'être à la fois prudemment optimiste et de rester vigilante. Tenue au cœur de l'Amazonie – symbole fort de l'interdépendance des systèmes climatiques terrestres – la COP30 a remis au premier plan le rôle crucial que joue l'océan mondial dans la lutte contre la crise climatique. Mais cette « COP de l'Amazonie » a-t-elle permis des progrès significatifs pour notre planète bleue, ou s'est-elle contentée de ressasser des promesses déjà connues ?

L'océan enfin au centre de la scène

Pour la première fois lors des négociations climatiques de l'ONU, l'océan a été reconnu comme un élément central des solutions climatiques, et non plus comme une simple victime du changement climatique. La présidence brésilienne de la COP30 a explicitement présenté l'océan et les forêts comme les deux priorités de la planète, soulignant ainsi que le changement climatique est un problème multisectoriel et avant tout systémique. Cela représente une rupture significative avec des décennies de pensée cloisonnée qui privilégiaient les écosystèmes terrestres tout en ignorant largement les systèmes marins.
La communauté océanographique a réalisé plusieurs avancées concrètes :

Les NDC bleus gagnent en popularité : Six nouveaux pays ont rejoint le Défi des CDN bleues afin de promouvoir l'action océan-climat dans le cadre des contributions déterminées au niveau national, portant ainsi à 13 le nombre total de pays membres du Groupe d'experts sur les océans participant au Défi. Plus important encore, les pays participants ont exprimé leur intention de se transformer en « Groupe de travail sur les CDN bleues » afin de favoriser la mise en œuvre des engagements relatifs aux océans grâce à un leadership politique, une expertise technique et la mobilisation d'investissements.

Cadre de référence pour les percées océaniques : La présidence de la COP30, en collaboration avec les Champions du climat et la Plateforme océanique pour le climat, a fait progresser une feuille de route du Paquet bleu afin d'accélérer la mise en œuvre de solutions océaniques et climatiques d'ici 2028. Cette initiative établit des objectifs scientifiques dans cinq domaines clés : la conservation marine, le transport maritime et la résilience côtière.

Résultats du Dialogue sur les océans 2025 : Le dialogue sur les océans et le changement climatique, organisé dans le cadre de la SB62, a formulé des recommandations essentielles concernant les CDN, les indicateurs de l'Objectif mondial d'adaptation, le renforcement de la coordination et le financement. Les petits États insulaires en développement, représentés par l'AOSIS, ont souligné que ces recommandations devaient être intégrées à l'ensemble des points à l'ordre du jour et non faire l'objet de discussions isolées.

Le défi financier persiste

Malgré la reconnaissance croissante des solutions fondées sur les océans, les engagements financiers restent insuffisants. L’ODD 14, relatif aux océans, ne reçoit que 0.01 % de l’ensemble des financements pour le développement. Alors que la feuille de route Bakou-Bélém, dotée d’un budget de 1 300 milliards de dollars, prévoit de mobiliser des financements climatiques annuels d’ici 2035, les océans ne sont pas désignés comme un secteur prioritaire dans ce cadre.

Cela révèle une incohérence fondamentale : nous reconnaissons que l’océan absorbe plus de 90 % de la chaleur excédentaire due aux activités humaines et produit la moitié de l’oxygène de la planète, et pourtant nous refusons de financer correctement sa protection et sa restauration. L’océan a protégé l’humanité des pires conséquences du changement climatique, mais au prix d’un coût exorbitant pour les écosystèmes marins et les communautés qui en dépendent.

Progrès en matière de gouvernance en haute mer

L'un des résultats concrets de la COP30 a été l'engagement du Brésil à ratifier le Traité sur la haute mer (Accord BBNJ) d'ici la fin de l'année. Ce traité établit le cadre juridique nécessaire à la création d'aires marines protégées dans les eaux internationales, assurant ainsi la gouvernance de cet espace commun mondial, dont les deux tiers des océans sont actuellement dépourvus. Ceci revêt une importance capitale pour le travail de The Ocean Foundation en matière d'équité dans les sciences océaniques et de partenariats pour la conservation, car une gouvernance efficace de la haute mer exige une coopération scientifique internationale et un accès équitable aux ressources marines.

Forêts et océans : des systèmes interconnectés

L'accent mis par la COP30 sur les forêts tropicales à travers le mécanisme « Forêts tropicales pour toujours » offre des enseignements essentiels pour le financement des océans. Ce mécanisme récompensera les pays qui parviendront à enrayer la déforestation, avec pour objectif d'allouer jusqu'à 4 milliards de dollars par an à 74 nations, en versant 4 dollars par hectare et par an pour la conservation vérifiée des forêts. Les gouvernements investisseurs devraient contribuer à hauteur de 25 milliards de dollars au cours des prochaines années, mobilisant ainsi plus de 100 milliards de dollars provenant de sources privées.

Un mécanisme similaire pourrait-il être appliqué à la conservation des océans ? Les écosystèmes de carbone bleu – mangroves, herbiers marins et marais salants – fournissent des services de séquestration du carbone équivalents, voire supérieurs, à ceux des forêts terrestres, tout en contribuant à la résilience côtière, à la biodiversité et à la pêche. L’océan absorbe environ 25 % des émissions anthropiques de dioxyde de carbone chaque année. Pourtant, nous ne disposons pas d’un mécanisme de paiement mondial comparable pour les pays qui préservent des écosystèmes marins sains.

L’accent mis par le programme « Forêts tropicales pour toujours » sur les peuples autochtones et les communautés locales – avec 20 % du financement qui leur est alloué – devrait se refléter dans la gouvernance des océans. Les communautés côtières et insulaires, notamment dans les petits États insulaires en développement, préservent les écosystèmes marins depuis des générations tout en contribuant très peu aux émissions mondiales.

Ce qui a été accompli – et ce qui ne l'a pas été

Malgré les progrès réalisés en matière de conservation des océans, le projet d'accord de la COP30 a suscité une vive controverse. Une version préliminaire dévoilée vendredi par le Brésil ne mentionnait pas les combustibles fossiles, principaux responsables du réchauffement climatique, marquant une rupture significative avec les versions précédentes. L'Union européenne a menacé de bloquer l'accord, son commissaire européen au climat, Wopke Hoekstra, déclarant que le texte ne contenait « ni données scientifiques, ni bilan mondial, ni transition énergétique, mais seulement de la faiblesse ».

Pour la communauté océanique, l'enjeu est crucial. L'acidification, le réchauffement et la désoxygénation des océans sont des conséquences directes des émissions de combustibles fossiles. Tout accord climatique qui ne s'attaque pas aux causes profondes de la dégradation des océans ne peut prétendre protéger les écosystèmes marins.

Le projet d'accord comprenait également un langage affaibli sur la lutte contre la déforestation — ironique pour une conférence tenue en Amazonie — et ne précisait pas si le financement climatique triplé proviendrait des pays riches ou serait externalisé auprès de mécanismes du secteur privé qui pourraient ne pas donner la priorité à la restauration des écosystèmes.

Perspectives d'avenir : de la reconnaissance à l'action

La communauté océanique est parvenue à rehausser le rôle des écosystèmes marins dans les processus de la CCNUCC, mais la visibilité seule ne se traduit pas par une mise en œuvre.

Des priorités essentielles se dégagent : premièrement, nous avons besoin de mécanismes de financement dédiés à la lutte contre le changement climatique dans les océans, comparables aux fonds de protection des forêts, reconnaissant ainsi le rôle crucial des océans dans l’atténuation du changement climatique et l’adaptation à celui-ci. Deuxièmement, les solutions fondées sur les océans doivent être intégrées aux stratégies d’atténuation et d’adaptation des CDN, lors de la mise à jour des plans par les pays en 2025. Troisièmement, il est essentiel de renforcer la coordination entre la Convention sur la diversité biologique (CDB), la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), l’Accord sur la biodiversité marine des zones situées au-delà des limites de la juridiction nationale (BBNJ) et l’Autorité internationale des fonds marins ; nous ne pouvons nous permettre une fragmentation institutionnelle face à des crises interdépendantes. Enfin, le financement de la lutte contre le changement climatique dans les océans doit privilégier les communautés côtières et insulaires qui dépendent des ressources marines tout en contribuant le moins possible au changement climatique, à l’instar du Mécanisme pour des forêts tropicales éternelles qui accorde la priorité aux peuples autochtones.

Le chemin depuis Belém

La COP30 a marqué des progrès considérables pour les océans, mais il ne faut pas confondre visibilité et victoire. Les océans ont été le rempart de l'humanité contre les catastrophes climatiques. Il nous appartient désormais de les protéger de tout dommage supplémentaire. La COP30 a fourni des outils et des cadres ; c'est leur mise en œuvre qui compte maintenant.