Le 21 Janvier 2026, la L'Agence américaine d'observation océanique et atmosphérique (NOAA) a finalisé une règle cela pourrait fondamentalement modifier l'avenir de nos océans à l'échelle mondiale — et pas en bien.
En regroupant les demandes d'exploration et d'exploitation minière commerciale en une procédure unique et simplifiée, l'agence a réduit de moitié les évaluations environnementales et les délais de consultation publique, facilitant ainsi l'accès des entreprises aux grands fonds marins pour l'exploitation minière. La société Metals Company n'a pas tardé à déposer une demande d'exploitation pour 65 000 kilomètres carrés de la zone Clarion-Clipperton dans le Pacifique, soit plus du double de sa demande initiale dans cette plaine abyssale qui abrite des milliers d'espèces.
Ayant consacré près de quarante ans à l'étude des politiques et de la gestion des océans à l'échelle internationale, je trouve cette situation profondément préoccupante à plusieurs égards. Ces raccourcis menacent toute vie sous-marine et les processus qui la soutiennent sur Terre. Ils risquent la destruction du patrimoine culturel subaquatique. Ils bouleversent les processus internationaux et créent un précédent qui met en péril d'autres accords protégeant notre patrimoine naturel commun et notre bien-être social. L'exploitation minière des grands fonds marins étant par ailleurs économiquement absurde, cette course folle paraît d'autant plus impulsive.
QUESTIONS ENVIRONNEMENTALES
Les grands fonds marins ne sont pas les déserts arides que les partisans de l'exploitation minière voudraient nous faire croire. Ils abritent une biodiversité stupéfiante, dont une grande partie reste encore à découvrir. Les experts expliquent cette diversité par des conditions restées globalement inchangées pendant des millions d'années, permettant ainsi à de nombreuses espèces de se développer et de prospérer.
Des études montrent que la vie sur les fonds marins mettrait des décennies à se rétablir après l'exploitation minière, si tant est qu'elle se rétablisse un jour. La méthode d'extraction proposée – qui consiste essentiellement à aspirer les dix premiers centimètres du fond marin – écraserait les organismes vivants, détruirait leur habitat et créerait des panaches de sédiments affectant toute la colonne d'eau. Avec 80 % des fonds marins encore inexplorés, nous ne disposons pas des données de référence nécessaires pour comprendre l'impact de cette exploitation. Comme le souligne la Dre Beth Orcutt du Laboratoire Bigelow des sciences océaniques : « Les conséquences d'une erreur seraient extrêmement graves. »
LE CAUSE DOUTEUX DE L'URGENCE (ou même DE LA NÉCESSITÉ)
Les sociétés minières affirment que ces minéraux sont essentiels aux batteries des véhicules électriques. Or, les faits démontrent le contraire, tant pour le recyclage que pour la fabrication future.
Les technologies de recyclage des batteries progressent rapidement et se révèlent plus rentables que l'extraction de nouvelles ressources. Les stratégies d'économie circulaire offrent des alternatives durables. Investir dans le recyclage, et non dans l'extraction de ressources issues d'écosystèmes vierges, est la voie responsable à suivre.
L'innovation dans le domaine des batteries s'est résolument éloignée du cobalt et du nickel. Les batteries LFP, qui n'utilisent pas de métaux extraits des grands fonds marins, représentent déjà un tiers du marché mondial des véhicules électriques. Tesla, BYD, Volkswagen, Rivian et Ford utilisent déjà cette technologie. Toyota vient d'annoncer une batterie à l'état solide fonctionnelle qui, tout en utilisant encore certains de ces minéraux, offre une densité énergétique accrue, une vitesse de charge améliorée, une sécurité renforcée et une durée de vie nettement supérieure.
Entre 2016 et 2023, la production de véhicules électriques a augmenté de 2 000 %, tandis que le prix du cobalt a chuté de 10 %. Les fabricants chinois de batteries, qui produisent la majeure partie des batteries mondiales, ont récemment abandonné totalement le cobalt et le nickel. Le marché nous dit quelque chose que ceux qui s’empressent de détruire les fonds marins refusent d’entendre.
QUESTIONS JURIDIQUES ET DIPLOMATIQUES
Les États-Unis ne sont ni signataires de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, ni membres de l'Autorité internationale des fonds marins (AIFM), créée par cette Convention pour réglementer l'exploitation minière des fonds marins dans les eaux internationales. Toutefois, en raison de l'entrée en vigueur de ce traité, les pays non signataires sont tenus de le respecter en vertu du droit international coutumier. En délivrant des permis dans des zones situées hors de la juridiction américaine et pour lesquelles l'AIFM a élaboré avec soin une réglementation par le biais de négociations multilatérales, les États-Unis risquent de créer un précédent qui ignore ces processus et accords, incitant ainsi d'autres pays à enfreindre les accords mutuels visant à établir un cadre international de protection pour tous.
Quarante pays, dont la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni, le Canada, la Nouvelle-Zélande et de nombreux États insulaires du Pacifique, ont demandé un moratoire ou une suspension préventive de l'exploitation minière en eaux profondes. Même l'Autorité internationale des fonds marins (AIFM), critiquée par certains pour son soutien excessif à l'industrie, s'est montrée plus prudente que cette nouvelle approche américaine.
En vertu de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM), les États ont l'obligation de ne pas reconnaître les droits miniers obtenus en dehors du cadre international établi. L'avenir juridique du secteur est incertain : de nombreux entrepreneurs et acteurs de la chaîne d'approvisionnement sont basés dans des pays qui se sont engagés à respecter les règles de l'Accord sur l'exploitation minière internationale (AEI), et non aux États-Unis, où les permis permettent de les contourner.
PATRIMOINE CULTUREL EN DANGER
Ce que peu de gens savent, c'est que l'exploitation minière des grands fonds marins menace également un patrimoine culturel sous-marin irremplaçable. Les fonds marins recèlent des épaves, des sites archéologiques submergés et, dans l'Atlantique, les sépultures de ceux qui ont péri lors de la traversée de l'Atlantique. L'identification minérale par intelligence artificielle ne permet pas encore de reconnaître les sites d'importance historique et culturelle, ce qui signifie que ce patrimoine risque d'être détruit avant même d'être découvert.
Les chefs autochtones des communautés insulaires du Pacifique, notamment des Samoa américaines et d'Hawaï, critiquent ouvertement cette industrie. Leurs cultures, dont les origines sont intimement liées aux profondeurs marines, entretiennent une relation millénaire avec l'océan. La nouvelle réglementation compromet toute protection efficace, non seulement des écosystèmes marins, mais aussi de ce patrimoine culturel immatériel.
SIGNAUX D'ALERTE FINANCIERS
La récente étude de la Fondation pour l'océan analyse L'étude a révélé que l'exploitation minière en eaux profondes n'est pas rentable. Opérer dans des conditions dépassant la profondeur du Titanic, sous haute pression, dans une eau de mer corrosive et à des températures glaciales, pose d'énormes défis techniques qui restent à relever. Deux tiers des projets industriels offshore comparables finissent par coûter 50 % ou plus que leur budget initial.
Trente-sept institutions financières ont exhorté les gouvernements à suspendre l'exploitation minière des grands fonds marins jusqu'à ce que les risques environnementaux, socioculturels et économiques soient pleinement compris. Si même les grandes banques et compagnies d'assurance se montrent sceptiques, cela devrait nous inciter à la prudence.
UNE MEILLEURE VOIE À SUIVRE
Les grands fonds marins constituent le plus vaste habitat de la vie sur Terre. Ils font partie du patrimoine commun de l'humanité. Les procédures de l'Autorité internationale des fonds marins sont délibérées et empreintes de précaution pour une raison essentielle : la reconnaissance mondiale du fait que nous ne pouvons nous permettre de nous tromper.
Les grands fonds marins constituent le plus vaste habitat de la vie sur Terre. Ils font partie du patrimoine commun de l'humanité. Les procédures de l'Autorité internationale des fonds marins sont délibérées et empreintes de précaution pour une raison essentielle : la reconnaissance mondiale du fait que nous ne pouvons nous permettre de nous tromper.
Le principe de précaution s'applique précisément à ce genre de situation : lorsque nous ne comprenons pas pleinement les conséquences d'une action susceptible de causer des dommages irréversibles, nous devons agir avec prudence, et non précipiter la destruction. Cela est particulièrement vrai lorsqu'il s'agit de nouvelles activités industrielles qui mettent en péril notre patrimoine naturel mondial et le rôle essentiel des océans dans le maintien de la vie.
Cette règle produit l'effet inverse. Elle supprime les garde-fous, contourne la coopération internationale et privilégie les souhaits d'une industrie non éprouvée au détriment des développements technologiques et des connaissances scientifiques.
Il n'est pas nécessaire de choisir entre réduire la pollution liée aux transports et protéger les océans. L'extraction minière de ces matériaux n'est pas une urgence absolue : le marché a évolué pour répondre à la demande d'alternatives. Les entités qui courraient le plus grand risque financier immédiat dans ce nouveau contexte – les banques, les sociétés d'investissement et les compagnies d'assurance – ont plaidé en faveur d'une approche de précaution.
Nous avons le temps de bien faire les choses. Il n'y a aucune raison de se précipiter dans l'industrialisation. Il est primordial de prendre en compte toute nouvelle pression exercée sur nos océans, qui recouvrent 71 % de la planète et dont dépend toute vie.





